Présentée comme une solution d’avenir, la stratégie tunisienne pour l’hydrogène vert révèle les tensions entre ambitions économiques, dépendance extérieure et durabilité sociale.
En 2024, la Tunisie a dévoilé sa Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés. Le document affiche une vision ambitieuse : faire du pays un pôle énergétique régional, capable d’exporter son hydrogène vers l’Europe dans le cadre du plan REPowerEU.
Derrière cette promesse de modernité se cache pourtant une question de modèle.
L’étude publiée par la Fondation Rosa Luxemburg met en évidence l’absence d’évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS), pourtant indispensable pour mesurer les impacts cumulatifs d’une telle politique : consommation d’eau, occupation des terres, biodiversité, pressions sur les communautés locales.
Le projet repose sur une logique d’exportation : produire localement, pour répondre à une demande extérieure.
Cette orientation rappelle les logiques extractivistes qui ont longtemps marqué les politiques économiques du Sud : exploitation intensive des ressources, bénéfices concentrés, décisions centralisées.
L’hydrogène vert risque ainsi de devenir un nouvel or énergétique, mais sans rupture réelle avec les pratiques du passé.
« Sans transparence, sans participation des communautés et sans justice sociale, la transition verte n’est qu’une continuité du modèle extractiviste », avertit un expert en gouvernance énergétique.
Pour qu’elle devienne un levier de transition juste, la stratégie tunisienne doit s’appuyer sur trois piliers :
- Des consultations citoyennes effectives, surtout dans les régions du Sud ;
- Une gouvernance transparente, incluant la publication des partenariats et accords signés ;
- Une évaluation rigoureuse des impacts avant tout déploiement.
L’hydrogène vert pourrait être une opportunité pour repenser le développement, mais seulement si la Tunisie choisit de passer d’une économie d’extraction à une économie de concertation.
