La pollution du littoral, la dégradation de la santé publique et l’absence de consultation citoyenne rappellent l’urgence d’un changement de modèle, avant toute nouvelle promesse industrielle.
À Gabès, la colère n’est pas nouvelle, mais elle se ravive. Depuis des semaines, les habitants descendent dans la rue pour exiger le démantèlement des unités du Groupe Chimique Tunisien (GCT). Ces installations, actives depuis les années 1970, rejettent chaque jour des milliers de tonnes de phosphogypse dans la mer, provoquant une pollution massive de l’eau, du sol et de l’air.
Les conséquences sont visibles : disparition progressive de la biodiversité marine, destruction des zones de pêche artisanale et hausse des maladies respiratoires, cutanées et cancéreuses. Le Golfe de Gabès, autrefois écosystème unique, est aujourd’hui l’un des symboles les plus marquants d’un modèle industriel aveugle.
Pour les habitants, la lutte dépasse la question du phosphate. Elle pose une interrogation plus large : comment garantir que le futur ne reproduira pas les erreurs du passé ?
En 2024, plusieurs scénarios de reconversion ont été évoqués pour « verdir » la production industrielle dans la région, notamment à travers l’hydrogène vert. Mais les acteurs locaux rappellent que, sans consultations publiques, sans évaluations d’impact environnemental et social rigoureuses, aucune promesse « verte » ne peut inspirer confiance.
Vert, gris ou noir, peu importe la couleur qu’on lui donne : sans transparence ni justices sociale environnementale, le résultat finira toujours par noircir.
À Gabès, les habitants ne réclament pas seulement la fin d’une pollution ; ils demandent une nouvelle façon de décider. Une gouvernance où la parole locale pèse autant que les ambitions économiques.
